Foxfire : Un portrait à plusieurs visages, contemporain et brûlant (Test DVD)

mardi 7 mai 2013 - 16:08 | Showbizz
Sixième long métrage du cinéaste français Laurent Cantet dont le dernier coup de bobine Entre Les Murs fut acclamé à l'unanimité par le jury cannois de 2008 lui décernant ainsi la Palme d'or, Foxfire, Confessions D'Un Gang De Filles est une adaptation de l’œuvre de la romancière américaine Joyce Carol Oates (1995). Sa sortie en DVD est l’occasion de (re)découvir une épatante galerie de personnages plongés dans une désobéissance organisée envers la société américaine des mid-fifties.


    L'histoire commence lorsque Legs, une jeune fille frêle de 16 ans plus rebelle que la moyenne, frappe en pleine nuit à la fenêtre de son amie Maddy afin de fuir son foyer hanté par un père désintéressé. Maddy, solidaire, l’accueille et l'écoute. Cette nuit là, Foxfire est né.

Il ne faudra pas longtemps à Legs pour se constituer un groupe de filles partageant ses idéaux dans une Amérique d'après guerre bercée par la domination masculine, où le maccarthysme et le racisme côtoient un capitalisme étouffant. Écœurées, les cinq premiers membres de Foxfire prennent en cible les hommes, et brûlent l'injustice latente par la flamme de leur volonté. Pas n'importe quelle flamme, une flamme rouge puissante et dévorante qu'elles laisseront derrière chaque vengeance accomplie, comme un avertissement, comme un message sur les murs du déni.

Très vite, le mouvement s'agrandit et cherche son indépendance. Legs mène ses troupes dévoués vers un avenir libre, vivant, écoutant avec attention les paroles d'un ancien révolutionnaire qui insuffle à sa pensée l'inspiration communiste de ses belles victoires jadis. Du groupe naît la communauté. L'organisation devient nécessaire car la survie en dépend. Un engrenage se met en place. L'argent devient une obsession grandissante et dévore de l'intérieur le groupe qui ne cesse de radicaliser ses actes. « Quelque chose a changé » remarque Maddy. Des années après, elle relis les rapports officiels de Foxfire et se souvient.

«Le bonheur, c'est vivre dans l'action, dans la fièvre du mouvement, dans la quête»


    Le réalisateur nous propose une chronique de la désobéissance follement attractive. En exposant de manière chronologie un récit qui doit beaucoup à l'alchimie de ces actrices non-professionnelles, Laurent Cantet pose rigoureusement les pierres d'un édifice rondement mené quoique sans éclat dans sa réalisation, caméra à l'épaule, dans une reconstitution réussie de la société américaine du milieu du siècle. Derrière la vague révolutionnaire de ce gang de filles hors-la-loi des années 50 dont la lutte prend de l'ampleur au cours de l'histoire, le film tisse une toile de fond à l’évocation particulièrement contemporaine. Durant 2h20, on suit avec intérêt l'évolution de ces filles qui n’ont pas froid aux yeux : les relations entre elles, leur attirance et/ou répulsion envers la société, envers les hommes et les actions qu’elles mènent malgré le côté prévisible de certains enchaînements.

Raven Adamson, épatante en meneuse de femmes tantôt les traits déformés, tantôt radieuse, mène la barque avec une belle intensité. Les autres ne sont pas en reste et apportent une chaleureuse diversité, formant un tout sans réelle fausse note. Rebelles intuitives plutôt que théoriciennes sophistiquées, ces jeunes Foxfire brûlent d’une flamme élégante, pulsionnelle et presque naïve. L’empathie qu’on éprouve à leur égard perdure tout au long du film, qui grâce à sa narratrice, propose une vision objective et subjective de cette confession d’un gang de filles sur laquelle il serait fort déconseillé de ne pas s’attarder.

Bonus DVD

La présence d’un making-of de 20 minutes réalisé par Madame Cantet permet d’approcher la relation que le réalisateur entretient avec ses comédiennes, à travers différentes réactions à chaud et des extraits de tournage. Un accompagnement léger mais nécessaire pour mieux saisir la démarche d’un cinéaste engagé.



=> Toutes les infos sur Foxfire, confessions d'un gang de filles

Damien Chevalier (7 mai 2013)

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