Grave est-il vraiment le choc annoncé ?

mardi 14 mars 2017 - 13:01 | Showbizz
Grave, premier long-métrage de la réalisatrice Julia Ducournau (Junior, Mange) sort ce mercredi dans les salles. L’occasion pour Comme Au Cinéma de se pencher sur ce petit ovni, annoncé comme l’une des sorties les plus surprenantes du mois. Mais avant cela, soyez prévenus : possibilité de spoils dans ces lignes !



Un univers anxiogène à souhait


Grave nous plonge dans la vie d’une première année en école de véto : Justine, jeune fille sage et brillante. Élève talentueuse, l’adolescente perpétue la tradition familiale, marchant dans les pas de ses parents et de sa sœur aînée, tous trois habitués des lieux. L’héroïne est immédiatement happée par la tourmente du bizutage, embarquée avec ses camarades dans un quotidien de fêtes et d’humiliations plus ou moins graves. Les « bizuts » doivent ainsi respect et soumission à leurs aînés, pour une durée d’eux seuls connue, assumant la cadence effrénée des beuveries tout en honorant leur interros et présence en cours. Devenus de véritables zombies, ces élèves épuisés arpentent les couloirs cliniques de l’école vétérinaire, enfermés dans un campus lugubre qui confère à l’œuvre une atmosphère angoissante qui s’affirme ainsi comme un huis-clos réussi. Ajoutez à cela des salles de morgues destinées aux carcasses animales et humaines et vous obtiendrez le décor idéal pour votre film d’horreur.



Le cannibalisme en héritage


Embarquée dans le chaos constant du bizutage, Justine retrouve sa sœur Alexia, deuxième année prenant un malin plaisir à intégrer les nouveaux arrivés. Cette grande sœur imprévisible et menaçante représente à la fois une source de protection et de danger pour sa cadette qu’elle maltraite avec un plaisir non dissimulé, nourrissant leur relation fraternelle d’une ambivalence malsaine. La proximité des deux sœurs se dévoile à la fois dans des scènes de complicité et d’affection mais aussi dans des moments de confrontation tant verbale que physique, les jetant l’une contre l’autre dans un élan de rage incontrôlable. Un lien complexe qui va se renforcer avec la découverte d’une pulsion commune : le cannibalisme. Après avoir été forcée de manger un rein de lapin, Justine se découvre une passion insatiable pour la viande qu’elle soit crue, cuite, animale, humaine… La jeune femme, en pleine évolution, va découvrir que sa sœur partage son sombre secret mais qu’elle le vit d’une manière tout à fait différente. Alors que Justine freine autant que possible ses pulsions, désirant conserver son humanité, sa grande sœur laisse libre cours à sa soif de chair et de sang, se laissant dominer par ses passions. Une relation à la Jekyll et Hyde qui nourrit l’intrigue et permet à son duo d’actrices de développer tout son talent.



De jeunes acteurs qui confirment leur talent


Garance Marillier et Ella Rumpf, respectivement Alexia et Justine, forment ce couple diabolique et fraternel, en tout opposées hormis leur pulsion cannibale. Les deux actrices incarnent avec brio leur personnage, se montrant tour à tour froides et réfléchies puis bestiales et imprévisibles, en lutte constante avec le mal qui les ronge. Un homme va s’immiscer entre elles et représenter une conquête à la fois amoureuse et charnelle - aussi bien sexuellement que « nutritivement » - : Adrien, colocataire de Justine. Interprété par Rabah Nait Oufella, que l’on peut retrouver en salles dans Patients de Medhi Idir et Grand Corps Malade, ce personnage donne un véritable souffle au récit, ponctuant chacune de ses interventions d’une touche d’humour et d’affection, se révélant être comme un véritable pilier pour Justine. À eux trois, ces jeunes acteurs font montre d’un talent incontestable et contribuent fortement, grâce à leur justesse, à la maîtrise de ce premier film. Julia Ducournau affirme ici ses qualités de réalisatrice, tant dans sa mise en scène que dans la gestion de ses acteurs, et propose un film d’horreur à la fois original et très ancré dans la culture du genre, nourrissant son art de références telles que Carrie de Brian De Palma et La Mouche de David Cronenberg. Surprenant, énergique, carnassier, Grave se révèle être une savoureuse surprise !

Maintenant que vous en savez un peu plus sur le film, que diriez-vous d’une petite mise en bouche avec cette bande-annonce ? Alors, on se retrouve en salle pour voir Grave ?

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Camille Muller (14/03/2017)

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