Inauguration de la nouvelle cinémathèque française

Pour sa réouverture dans ses nouveaux locaux du 51 rue de Bercy après des mois de travaux laissant temporairement les cinéphiles orphelins, la nouvelle cinémathèque française a invité la presse, mardi 27 septembre dans sa nouvelle antre : un magnifique bâtiment conçu en 1993 par l'architecte Franck O. Gehry.

Entre deux cocktails, on pouvait découvrir au deuxième étage, la passionnante exposition Renoir/Renoir (faîte en étroite collaboration avec le Musée d'Orsay) qui met en parallèle l'oeuvre de Pierre-Auguste Renoir, le peintre et celle de Jean Renoir, son fils, réalisateur. L'occasion de mettre en relation ces deux arts tellement proches mais dont le rapprochement n'est fait que trop rarement. Et pourtant cette exposition (outre le fait de pouvoir contempler les plus belles œuvres des Renoir) montre bien que le septième art doit beaucoup à la peinture (et en particulier à l'impressionnisme, dont les premiers cinéastes se sont inspirés).
L'exposition « scénographiée » par l'architecte Lorenzo Piqueras est conçue d'une manière assez originale puisqu'elle nous permet de voir les correspondances entre les peintures du père et les films du fils en mettant côte à côte les peintures et les extraits de films (projetés dans le même format qu'un tableau). C'est passionnant de voir à quel point les deux œuvres se répondent. Aux scènes de bal des tableaux de Pierre Auguste répondent des scènes de French Cancan ou d'Elena et les hommes, à la célèbre scène de baignade du Déjeuner sur l'herbe répond le tableau Torse effets de soleil. Une peinture de Balançoire trouve un équivalent cinématographique dans une scène d'Une partie de campagne tandis que les paysages algériens immortalisés par Pierre Auguste Renoir trouvent un écho dans Le fleuve.
Cette exposition montre que Jean Renoir souhaitait continuer avec le cinéma, ce qu'avait entrepris son père avec la peinture. C'est une occasion tellement rare pour le cinéphile de s'ouvrir à l'histoire de la peinture et pour le « peinturophile » de s'ouvrir à l'histoire du cinéma.
Cette exposition donne le coup d'envoi pour revoir les films de Renoir et assister à de nombreux évènements organisés pour mieux appréhender son œuvre.

Mais c'est au 2ème étage que le septième art nous emmène au septième ciel ! En effet, pénétrer dans la salle de l'exposition permanente Passion Cinéma, c'est un peu comme prononcer « Sésame ouvre-toi » et rentrer dans la caverne d'Ali Baba (ou plutôt la caverne des frères Lumières…). Le spectateur ne sait plus où donner de la tête en se promenant dans ce pays des merveilles. Des objets de collectionneurs tel que des lanternes magiques de Will Day (le plus grand collectionneur d'appareil de cinéma au monde) ou des archives d'Henri Langlois, (premier gardien de pellicule) et de son amie allemande Lotte Eisner. Ainsi se succèdent devant nos yeux éberlués, les appareils les plus extraordinaires existants depuis la création du cinématographe (et même bien avant). Des extraits des films les plus marquants de l'histoire du cinéma (tel que Metropolis de Fritz Lang, Nosferatu de Murnau, Le voyage dans la lune de Méliès, Ivan le terrible de Serguei Eisenstein…) sont projetés un peu partout et côtoient les costumes des plus grands films de l'histoire du cinéma…
Une fantastique scénographie qui nous fait rentrer dans un véritable rêve éveillé, une sorte de palais des glaces cinématographiques orchestré par Massimo Quendolo. Cette salle que tous les passionnés de cinéma se doivent de visiter au moins une fois dans leur vie nous rappelle que le cinéma a été créé par les magiciens, les illusionnistes. Saluons le travail qu'il a fait, loin d'un académisme qui aurait pu être facilement trop sérieux, il a su insuffler ce qui manque souvent au musée du septième art : de la magie.
Et ce n'est pas fini, le 7ème étage nous montre les nouvelles acquisitions comme les costumes de La reine Margot ou des affiches de film. Et la bibliothèque, dans lequel les étudiants et les passionnés devraient pouvoir se plonger sans aucun problème dans l'histoire du cinéma.
Tout un programme donc, et nous n'avons pas encore parlé de l'essentiel : les quatre salles de cinéma dans lesquelles dans les mois qui suivent vont être projetés des films de cinéastes aussi différents que Jean Renoir, David Cronenberg, Douglas Sirk ou encore Walter Hill.

Matthieu Perrin (29 septembre 2005)

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