L'Australie s'invite à St Tropez… Première journée d'un festival pas comme les autres !

La 7e édition du festival des Antipodes vient d'ouvrir ses portes ce lundi à Saint-Tropez. Sous un ciel bleu et une température agréable la place des Lices, le centre de la petite bourgade Varoise, s'est parée des couleurs du bout du monde.
La salle Jean Despas accueille l'exposition « Art Urbain du Pacifique » qui réunit photos, tableaux, collages, … d'artistes aborigènes, maoris et samoans. Le vernissage de cette expo était, chronologiquement, le premier événement de cette nouvelle édition du festival de Saint-Tropez mais l'ouverture officielle avait lieu juste après, de l'autre côté de la place, dans la belle salle du cinéma La Renaissance.
En absence de l'ambassadeur d'Australie, mais en présence de son représentant, de représentants de la Nouvelle-Zélande et du gratin tropézien, les spectateurs ont eu droit, après de rapides discours d'usage, à un très court rafraîchissant de 2 minutes Bird In The Wire de Phillip Donnelon et au film d'ouverture de ce cru des Antipodes 2005 : Three Dollars de Robert Connolly.
Si le court métrage du début pouvait laisser penser à une soirée sous le signe de la bonne humeur et de la légèreté, Three Dollars a vite remis les choses en place ; on n'est pas là uniquement pour rire, mais pour découvrir le cinéma et ainsi le mode de vie, le quotidien, les préoccupations,… de nous cousins humains du bout du monde.
Le film de Robert Connolly présente une tranche de vie, une quelle conque, celle d'Eddie Harnovey. Il est honnête ( un peu trop), altruiste et heureux. Il aime son travail mais par dessus tout sa femme et sa petite fille. Il y a aussi des choses étranges dans sa vie, presque des détails, comme cette Amanda, son amie d'enfance qu'il rencontre ponctuellement par hasard tous les 9 ans et demi.
Tout va bien, dans sa vie de middle class travailleuse jusqu'au moment où tout bascule : sa femme est licenciée, sa fille commence à faire des crises d'épilepsie et enfin c'est lui qui se trouve, à son tour, désœuvré.
Le bien, le mal, la chance, la poisse, l'égoïsme, l'altruisme sont toujours très proches dans ce film touchant mais difficile qui montre, dénonce et laisse espérer.
Le film terminé, il était l'heure des festivités (c'est aussi ça un festival). Il y avait à boire et à manger pour tout le monde ; et si on peut regretter que le menu n'ait rien des Antipodes, la sympathie et la bonne humeur de l'équipe organisatrice et des bénévoles du festival a vite déteint sur les invités.
Mais point de folies, en tout cas pas tout de suite ! Il est l'heure d'aller se coucher car demain les projections débutent dès 9h30. Au programme de ce mardi : Napoléon En Australie, Kangourou, Gallipoli, L'Ame Des Guerriers 2, Les Enfants De Mad Max, The Climb et The Point Of Origin. De quoi contenter un public de tous les âges et de tous les courants cinématographiques.

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Notre interview de Bernard Bories, Président de Cinéma des Antipodes

Q : Bonjour Bernard Bories, vous êtes le président de Cinéma des Antipodes, présentez-nous votre manifestation.

Bernard Bories :
Le festival vient d'une passion du cinéma, et de rencontres. Il est né d'une découverte, il y a de très nombreuses années, du cinéma australien à travers le cinéma de Peter Weir. A partir de là je suis parti à la recherche d'autres films des antipodes. On partant les découvrir, on en trouve et quand on en trouve et qu'on les apprécie, on a envie de les partager. Surtout quand on s'aperçoit qu'il n'y a que un, deux ou trois films australien ou néo-zélandais qui sortent en France chaque année pour une production qui varie entre 15 et 35 films australiens et 3 ou 4 néo-zélandais par an.
On a d'abord créé une activité cinéma à l'ambassade d'Australie, à partir de là, on s'est dit pourquoi ne pas essayer de créer un festival qui serait dédié au cinéma australien et néo-zélandais.
Les pionniers ont commencé avec moi et avec Cinéma des Antipodes en 1995, date de la création de l'association. Comme je suis scientifique à la base, on a procédé scientifiquement.

1995, création, on commence à monter une programmation de films australiens qu'on propose à d'autres festivals ; le premier qui a accepté de nous présenter c'était le festival de Cannes, c'est plutôt pas mal, même en « off ». On a fait quelques bonnes choses pendant 10 ans avec eux et ça nous a permis de voir un peu comment ça marchait, comment fonctionnait un festival et après cette première étape passée, on a décidé de créer ces Rencontres Internationales des Cinémas des Antipodes en 1999.

Il y avait deux régions qui avaient des liens avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande : le Nord, pour les morts de la guerre de 14 et de 40, et la Provence avec un tissu associatif Franco-Australien important, de nombreuses villes ou villages avec des traités d'amitié ou de jumelage avec des villes australiennes, la présence très importante en Australie et en Nouvelle-Zélande de la mer, un temps agréable qui rappelle un peu l'Australie, etc…
Le hasard a fait que la présidente d'une association franco-australienne me parle de Saint-Tropez, qui s'intéresse au monde des images. J'ai donc rencontré le député-maire et lui ai présente mon projet. Il était intéressé par développer l'économie tropézienne hors saison
Ça correspondait aussi à ce que je cherchais, c'est à dire mettre en valeur le cinéma australien et néo-zélandais dans un cadre qui soit une sorte d'écrin, et un lieu mythique comme Saint-Tropez correspond bien à un continent mythique comme l'Australie. Relier tout ça avec le médium du cinéma, je trouvais qu'il y avait une bonne équation. En plus, hors saison, Saint-Tropez redevient un village ce qui donne une grande convivialité au festival, nous souhaitons générer des rencontres entre les réalisateurs présents, les professionnels, le public…

Q : Quelle a été l'évolution de la manifestation depuis 1999 ?

BB : On a continué avec la même rationalité scientifique. On a commencé en 1999 avec trois jours - vendredi, samedi, dimanche - et une douzaine de films, pour voir un peu comment on pouvait travailler. Ça a plutôt bien fonctionné, on a accueilli des réalisateurs, des acteurs… il y avait vraiment un désir du côté australien, ils sont venus. Il y a eu un bon retour du côté du public et en général les rencontres se sont bien passées. On est donc passé à une édition plus longue dans le but de présenter plus de films et pouvoir y ajouter des expositions, de la musique et donner une large idée de la culture des antipodes. Depuis 2000 le festival dure une semaine, du lundi au dimanche ce qui nous permet d'avoir une programmation plus riche avec une quarantaine de films puisqu'on a intégré des court métrages. C'est toujours pour nous l'esprit d'explorations, puisque le court métrage est une des formes d'exploration du cinéma où on peut se lâcher, essayer beaucoup des choses et on s'est dit qu'il fallait encourager les jeunes talents.

Q : Tout cela nous conduit à 2005, quelques chiffres et quelques mots sur cette nouvelle édition

BB : Nous avons une édition plus importante en quantité et j'espère aussi en qualité. En quantité, on a 8 projections de plus que l'année dernière, avec des documentaires, la grande nouveauté 2005. Et puis on a 3 expositions au lieu de 2.

Q : On sent chez vous une grande passion pour ce cinéma des antipodes et un amour pour ce bout du monde

BB : Quand on commence à regarder quelques films, on découvre non seulement des histoires mais aussi le pays. Le pays transpire à travers ces films et les gens se retrouvent à travers ces films. C'est un miroir de la société. Je vais en Australie et en Nouvelle-Zélande chaque année, je découvre à chaque fois ces pays et ce sont deux pays qui génèrent toujours beaucoup d'émerveillement et de fraîcheur. Ce ne sont pas des pays où tout est beau et où tout est rose, je crois que on voit ça dans les films, une des caractéristiques de ce cinéma est d'être dur, ils mettent le doigt là où ça fait mal, là où il y a des problèmes. Ils ont un regard sur eux-mêmes très féroce, mais avec toujours une certaine forme de légèreté, de générosité, d'optimisme aussi et je trouve que c'est bien de laisser un peu d'espoir et ne pas toujours voir la vie en noir.

Q : On ne peut s'empêcher de comparer ce cinéma des antipodes avec le cinéma hollywoodien. Les films sont en anglais, les moyens techniques sont importants et pourtant c'est moins policé, c'est pas Hollywood.

BB : Non, c'est pas Hollywood. Même les réalisateurs australiens et néo-zélandais qui partent à Hollywood, gardent un regard très australien ou néo-zélandais. Dans Master and Commander, par exemple de Peter Weir, film vraiment calibré hollywoodien, il y a toujours ce regard avec cette petite forme d'ironie qui transperce le film. Il n'y a pas le côté guimauve qu'on trouve dans beaucoup de films américains. Il y a toujours quelque chose, même dans les films de divertissement, qui vous réveille un petit peu, c'est ce que j'aime dans ce cinéma, il y a toujours un côté intelligent.

Q : Pensez-vous qu'on puisse découvrir l'Australie et la Nouvelle-Zélande à travers le cinéma ?

BB : On peut découvrir une certaine forme d'Australie et de Nouvelle-Zélande. Parce que les films qu'on présente sont certes une palette très riche mais forcément représentatifs d'un moment et d'une atmosphère. L'année dernière on m'a dit que les films de la sélection étaient très sombres, mais bon…on retrouve dans le cinéma l'atmosphère du moment. On ne peut pas avoir que des comédies, il y a des reflets de la société qui se retrouvent dans le cinéma.
Pour le documentaire on a aussi un regard très large, on a un film animalier sur les Kangourous, qui nous amène dans l'Australie telle qu'on l'imagine, on a aussi un film néo-zélandais LAND OF OUR FATHERS qui est le retour d'une néo-zélandaise qui part à la recherche de son passé en se demandant si son père n'était pas une mauvaise personne et s'il n'aurait pas été raciste. Elle a retrouvé des images d'archives familiales qu'elle a revu bien des années après et elle s'est demandée comment était sa famille et comment elle se comportait dans ce pays. C'est complètement différent, on a un regard sur ce qu'est la Nouvelle-Zélande, un pays d'immigrations avec des habitants provenant de divers pays.
On a un très beau film qui s'appelle ONE DAY, plus proche de l'expérimentation, c'est un voyage à travers le paysage australien, avec une belle relation entre musique et image. Le concept c'est que le réalisateur filme pendant 24 heures et retravaille les images et fait une sorte de symphonie.

Q : L'Australie est un pays-continent où l'on parle près de 120 langues (source Unesco - Atlas mondial des langues en péril) retrouve-t-on cette richesse dans le cinéma ?
BB : Non, il y a très peu de films de fiction où l'on parle des langues aborigènes. Il y en a quelques uns tournées par des réalisateurs aborigènes, d'autres avec des parties de dialogues en langue indigène mais il y en a très peu. La langue du cinéma australien c'est vraiment l'anglais.

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7ème Rencontres Internationales Du Cinéma Des Antipodes De Saint-tropez 2005


Propos recueillis par Pablo Chimienti (18 octobre 2005 - St Tropez)

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