L'Étrangère, le poids de la tradition (test DVD)

vendredi 9 décembre 2011 - 16:47 | Showbizz
Pour les protéger, elle et son fils, d’un mari violent, Umay (Sibel Kekilli), une jeune femme germano-turque, fuit Istanbul et retourne vivre dans sa famille à Berlin. Mais, alors qu’elle cherche soutien et réconfort auprès de ses proches, ceux-ci, écrasés par les valeurs de leur communauté et terrorisés par le déshonneur, la rejettent.



Jusqu’au printemps 2010, Feo Aladag était surtout connue outre-Rhin pour ses talents de comédienne, et ce malgré les incursions de cette jeune Autrichienne derrière la caméra pour les besoins d’Amnesty International. Cette campagne pour la sensibilisation des violences faites aux femmes ne l’a pourtant pas laissée indemne, au point de lui fournir le thème de son premier long-métrage.

L’Étrangère (que Feo Aladag écrit, produit et réalise, excusez du peu) voit donc le jour et, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il frappe très fort.
Osant une exploration émotionnelle et sociologique au cœur d’une famille tiraillée entre modernité (incarnée par le personnage d’Umay et révélé par une certaine dynamique du foyer) et valeurs traditionnelles étouffantes (véhiculées par l’héritage, certes, mais aussi et surtout par le regard des autres), le film traite, avec pudeur, de la délicate thématique des crimes dits « d’honneur ».



Constamment en lutte, Umay (comme encore beaucoup trop de femmes à travers le monde, quelles que soient leurs origines) tente désespérément de concilier l’amour et le respect qu’elle porte aux siens et l’instinct de survie qui l’étreint. Pliant, mais résistant pour ne pas rompre, la jeune femme finira même par trouver une forme d’épanouissement dans sa fuite. Malheureusement, la réalité la rattrapera inlassablement, une réalité faite de codes et de mensonges d’apparats qui repoussera sa famille au ban de leur communauté et au bord de l’implosion.

Feo Aladag ne désigne aucun coupable, peignant simplement une galerie de victimes broyées par un héritage trop lourd à porter. Étrangers, ils le sont tous plus ou moins. Constamment observés, ils sont étrangers d’où qu’ils viennent et où qu’ils aillent, au point de devenir des étrangers aux yeux de leur propre famille, subissant une perpétuelle torture qui finit par les déposséder d’eux-mêmes. Un drame que vivent et connaissent tous les déracinés du monde.



Le DVD

Bardé de prix (représentant de l’Allemagne aux derniers Oscars, primé en Europe et au Festival de TriBeCa), L’Étrangère mérite réellement que le « cinéphile du monde » qui sommeille en vous s’attarde sur sa sortie en DVD. En plus du film (disponible en VOST et en semi-VF), vous aurez ainsi l’occasion de découvrir une série de scènes coupées, suivie des interviews de Feo Aladag et de Sibel Kekilli.

=> Toutes les infos sur L’Étrangère

Eléonore Guerra (9 Décembre 2011)

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