L'hommage de la justice à Polanski

lundi 28 septembre 2009 - 12:24 | Showbizz
Le réalisateur de talent devait faire l’objet d’un hommage hier à Zurich, c’est finalement la police qui l’a accueilli à sa descente d’avion. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international, émis en 1978 par les Etats-Unis, Roman Polanski est actuellement en détention provisoire dans l’attente de son extradition.

Après une arrestation soudaine et mouvementée, il paraît utile et opportun de faire le point sur cette "Affaire Polanski" :

Les faits remontent à 1977, dans la villa de Jack Nicholson à Los Angeles. Roman Polanski fait des photos de Samantha Geimer, pour le magazine Vogue, puis ils ont une relation sexuelle que personne – y compris M. Polanski – ne conteste. Le problème, c’est que la jeune fille a 13 ans, et les parents portent plainte pour viol – ce que le réalisateur dément formellement. Il plaide donc coupable pour la relation sexuelle, en échange d’une réduction de peines. Roman Polanski est alors incarcéré dans la prison de Chino en Californie, pendant six semaines. Des médecins l’évaluent et arrivent à la conclusion que le metteur en scène n’est pas un pervers sexuel. Néanmoins, le réalisateur de Tess craint d’être incarcéré trop longtemps, alors il profite d’une remise en liberté temporaire pour fuir en Europe – avant que la sentence ne soit rendue.

roman  polanski

La suite, vous la connaissez, il évite les pays qui ont des accords d’extradition vers les Etats-Unis, et ne va pas chercher son Oscar du meilleur réalisateur en 2003 ! Les récompenses et le succès de son film, Le Pianiste, doivent réveiller la curiosité de certains juges Outre Atlantique. Le procureur du comté de Los Angeles aurait essayé d’appliquer le mandat d’arrêt plusieurs fois ces dernières années, sans succès.
La victime confiait récemment au Los Angeles Times, qu’elle voulait abandonner les poursuites à l’encontre de Roman Polanski. Quant à celui-ci, il a chargé ses avocats californiens de faire appel de la décision, l’an dernier. Comme le montre le documentaire Roman Polanski : Wanted And Desired, certains vices de formes ont été commis et l'acharnement médiatique du juge a largement contribué au fiasco du procès, à l'époque.

Lorsque le procureur de Los Angeles a su qu’un déplacement était prévu, au festival du film de Zurich, ses services ont fait la demande d’un mandat d'arrêt provisoire au ministère de la justice américain. Jeudi 24 septembre, ce dernier l’a transmis aux autorités suisses, qui l’ont strictement appliqué. Roman Polanski est donc en détention provisoire, dans l’attente de son extradition. Mais celle-ci n’est pas automatique, il faut que les Etats-Unis en fassent la demande dans les 40 jours, ce qui n’est pas acquis.

roman  polanski

Pour le moment, la nouvelle a provoqué de nombreuses réactions, de sympathie surtout. Outre les banderoles "Libérez Polanski" devant les portes du Festival, les ministres des affaires étrangères français et polonais se sont entretenus, et devraient rapidement négocier avec Hilary Clinton, la libération du prévenu. Le ministre français de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterand, a aussi fait part de sa stupéfaction et de son soutien au réalisateur et sa famille ; précisant qu’il cherchait une solution avec le Président de la République. Une pétition internationale - qui rassemble de nombreux scénaristes, réalisateurs et autres artistes – rapportait, hier, l’indignation de la profession et demandait la libération immédiate du réalisateur de Rosemary'S Baby. Pour le moment, pas de réaction politique aux Etats-Unis ; mis à la part le procureur de Los Angeles qui se félicite de l’opération, ou les journalistes (Variety titrait hier sur le piège tendu à Polanski) et artistes majoritairement favorables au réalisateur.

À présent, il faudra patienter un peu pour connaître la position des Etats-Unis. Il ne faut pas oublier que les "agressions sexuelles sur enfant" ne connaissent pas de prescription, en Suisse comme chez l’Oncle Sam. Ce qui va dans le sens d’une extradition sans ménagement, mais le tollé que représente l’arrestation de samedi complique un peu les choses. La question est donc posée, de savoir si l’artiste, le personnage public ou l’intellectuel, a droit à un traitement de faveur différent. De savoir si la justice n’est pas la même pour tous.

Quoi qu’il en soit, seuls les crimes de génocide, contre l’humanité ou contre la paix, sont d’ordinaire sanctionnés sans prescription. Ici, Roman Polanski a certainement fauté, mais la victime ayant refait sa vie et "retiré sa plainte médiatiquement" (dans le Los Angeles Times) ; la justice ne résoudrait aucun conflit et s’attirerait les foudres de nombreux fans, si elle allait au bout de sa démarche.

=> Toutes les infos sur Roman Polanski
=> Toutes les infos sur Roman Polanski : Wanted and Desired

Pierre-Olivier Bonne (28 septembre 2009)

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