L'univers noir de Mary et Max en DVD (Test)

mercredi 24 février 2010 - 16:46 | Showbizz
Si les meilleurs films animés sont ceux qui offrent différents niveaux de lecture, permettant à l’histoire de s’adresser autant aux enfants qu’aux adultes, Mary Et Max ne rentre pas dans ce petit manège, tout en arrivant à se hisser en haut du pavé. D’un premier abord très enfantin dans sa conception, son approche scénaristique ne permet pas de mettre ce film entre toutes les mains.

Mary est une petite fille de huit ans, trois mois et neuf jours, elle habite la banlieue de Melbourne en Australie et a une tache de naissance couleur caca sur le front. Tête de turc, elle n’a pas d’ami et entame une correspondance avec Max, un vieux juif new-yorkais de 159 kilos, athée et atteint du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Tous deux vont par cette relation épistolaire découvrir l’amitié que leur condition leur a toujours interdit, quitte à ce que l’insécurité que provoque les relations humaines perturbe profondément leur vie.


Le monde teinté d’une poésie désenchantée vu à travers les yeux de ces deux personnages est passionnant, à l’image de leur conception de la procréation : en Australie, les bébés naissent dans la bière des papas, et aux Etats-Unis, ce sont des œufs couvés par des rabbins pour les juifs, des nonnes pour les chrétiens et des prostituées pour les athées. Vous ne retrouverez pas les couleurs criardes d’un film Dreamworks, ou d’un Aardman pour rester dans la pâte à modeler, mais deux univers bien distincts caractérisent les deux protagonistes. La chaleur des tons marron pour l’Australie de Mary, et la grisaille du New York des années 70 pour Max. Parfois mélangés au gré de leurs envois postaux.

D’un ton enfantin et gentiment subversif, on bascule vite vers un discours plus mature, pour lequel il est conseillé d’être en bonne forme morale afin d’en sortir indemne : troubles mentaux, hôpitaux psychiatriques, solitude, dépression, addictions, et suicide sont au centre de l’histoire, qui mêle avec brio tragédie et comédie.


Cette édition DVD s’en sort honorablement, sans forcément aligner une collection vertigineuse de bonus. La compression de l’image est de très bonne qualité et le format 1.85 respecté (bien qu’aujourd’hui il ne manquerait plus qu’un film récent se voit infligé un Pan & Scan). Le son est en Dolby 2.0 et 5.1, le mixage de moyenne facture peut parfois laisser à désirer et présenter des défauts de compression, même si ces petits désagréments sont loin de gâcher l’immersion dans le film.

Les bonus plairont à ceux qui veulent en savoir plus sur le processus de création du film avec un petit making-of/entretien avec le réalisateur Adam Elliot nommé Adam, Mary et Max, qui explique comment il a mis en place cet univers, le travail effectué par les 120 personnes de l’équipe, le tout sans rentrer forcément dans la valse du discours promo, ce qui le rend infiniment plus intéressant. Le deuxième bonus s’adresse à ceux s’étant pris de passion pour le film, puisqu’il s’agit d’une conférence donnée par le réalisateur face au public du festival d’Annecy, dont il a remporté le grand prix.


Deux autres suppléments plus ou moins intéressants sur les doublages, les originaux où les acteurs font part de leur ressenti sur leur expérience, leurs personnages, et ceux de la version française où le directeur artistique explique son travail et son rapport avec l’œuvre.

Ce film est une très bonne surprise pour ceux qui ne s’attendent pas à recevoir cette petite tarte dans la tête, donnée comme une caresse sur un hérisson, avec la douceur des intentions et la douleur d’une froide réalité d’un film qui nous prouve que le noir est bien le mélange de toutes les couleurs.

Mary et Max de Adam Elliot, DVD disponible le 09 février. Test de l'édition DVD. Également disponible en Blu-Ray.

=> Toutes les infos sur Mary et Max

Yohan Labrousse

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