Le public tropézien à la découverte du cinéma des antipodes… Rencontres et réactions.

La journée de mardi a marqué le premier vrai rendez-vous entre le festival du film des Antipodes de St Tropez millésime 2005 et son public. Le lundi étant réservé aux invités. Le matin et le tout début de l'après-midi était dédié aux enfants, aux scolaires et aux familles mais dès 17 heures le ton des films diffusé a littéralement changé.
Avec L'Ame Des Guerriers 2 (what Becomes Of The Broken Hearted), film ultraviolent et ultrasensible d'Ian Mune, on rente dans l'alcoolisme et la violence quotidienne et inutile de la communauté maorie en Nouvelle-Zélande. Bien que cela reste une fiction, le film lance le débat sur les sociétés indigènes des antipodes.
The Point Of Origine, documentaire d'Eric Grinda prend le relais. Le film, en première mondiale à Saint-Tropez, se présente comme un voyage à la découverte des Aborigènes, à travers leur art.
Le réalisateur, présent à Saint-Tropez avoue volontiers qu'il ne s'agit ni du document ultime ni d'un document complet sur les Aborigènes, mais simplement un regard occidental sur ce peuple vieux de plusieurs milliers d'année.
Le film a une structure simple, des interviews, un peu de musique, des paysages et des œuvres d'art. Sans digression, sans parenthèses. Du brut, réalisé avec peu de moyens, avec peu de temps disponible, sans commentaires inutiles, sans fioritures.
Eric Grinda après avoir répondu aux nombreuses questions d'un public qui semble avoir apprécié son œuvre, nous a également consacré un peu de temps.
Il présente son film.
Eric Grinda: « Ce film c'est avant tout le fruit d'une expérience qui a évoluée pendant plusieurs années, j'ai vécu en Australie pendant 6 ans ; je vivais à Sydney, en zone urbaine, j'ai donc vu très peu d'aborigènes, mais j'ai remarqué des petits détails au sujet des aborigènes et je me suis dit qu'il y avait quelque chose, une grande clarté chez ces gens. Depuis je suis rentré vivre en France mais j'ai toujours voulu faire quelque chose sur les eux. »
Là où certains se content de dire, et refont le monde avec des mots : des « il faut que… », des « moi, à la place de… », des « on ne saura jamais pourquoi il est venu » ou encore des « la société va mal, elle n'est plus ce qu'elle était », Eric Grinda a agit et s'est donné les moyens d'atteindre son but.
« Je me suis greffé à un voyage prévu par des spécialistes de l'art aborigène et avec eux j'ai traversé toute l'Australie pour rencontrer des Aborigènes qui sont restés sur leur terre. D'habitude il faut des permis pour rentrer dans les communautés, moi avec ce groupe j'ai pu y accéder facilement.
C'est ce voyage qui a structuré mon envie de parler des Aborigènes. Je ne suis pas un spécialiste d'art, l'art pour moi est un prétexte et ce n'est pas un film sur l'art aborigène, mais un film qui utilise cet art aborigène comme un vecteur, comme le font les Aborigènes eux-mêmes qui utilisent l'art pour communiquer avec nous, avec l'Occident.
Les Aborigènes sont des gens d'une extrême intelligence, depuis 40.000 ans ils ont fait des choix d'existence qui sont d'une clarté et d'une simplicité fulgurantes. »

On pourrait résumer son message par « on a beaucoup plus à apprendre d'eux, de leur conception de la vie, de leur relation à la terre, qu'ils n'ont à apprendre de nous. Et le mélange des cultures par la connaissance et le respect mutuel est sans doute la meilleure façon d'y parvenir.» Un message plein de sagesse.
Eric Grinda rend un bel hommage à ces hommes et ces femmes qu'on a tout à coup envie de connaître et le festival des Antipodes rend ainsi honneur aux premiers peuples de ce bout du monde.

Le sérieux de ces propos et des débats n'a pas empêché un peu plus tard les festivaliers de se retrouver au bar des antipodes pour boire un verre (le vin et les bières étaient bien sûr australiens) et parler de ces films et de tous les autres de la journée jusqu'au bout de la nuit.

=> Voir les photos du festival
=> Voir la fiche complète :
7ème Rencontres Internationales Du Cinéma Des Antipodes De Saint-tropez 2005


Propos recueillis par Pablo Chimienti (19 octobre 2005 - St Tropez)

Vos avis sur cette actu

Exprimez-vous
Remonter