Lundi 16 mai : Deux poids lourds de la Compétition entrent en lice...

David Cronenberg et Lars Von Trier, deux poids lourds de ce festival 2005, étaient aujourd'hui sur les Marches du Palais pour la présentation officielle de leurs films, respectivement A History Of Violence et Manderlay.

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La Violence selon Cronenberg...
Quatre ans après avoir présenté Spider, le cinéaste Canadien revient donc en compétition à Cannes avec un thriller violent qui suscite déjà la controverse chez les journalistes comme chez les festivaliers. Une histoire de violence donc, mais aussi de sexe, de mafia, de meurtres, de vengeance, de double personnalité… Cronenberg dénonce intelligemment tout un pan de la société américaine, ce fameux «American way of life », et à travers lui la violence. Une violence américaine, comme il l'explique lui-même lors de la conférence de presse :
« Il s'agit en effet ici d'une violence américaine. Dès le début du film, nous avons une histoire typiquement américaine, dans une ville spécifique du centre des Etats-Unis. C'est un film très américain sur le ton, mais pour être universel, il faut savoir être particulier. »
« Certes, la violence est présente, mais lorsqu'il s'agit d'un art, c'est différent. Il faut toujours savoir rester fidèle à son film, et ne pas se poser constamment des questions à savoir s'il va être trop violent, ou pas assez. Si vous êtes convaincu du potentiel de votre script, une fois lancé, il ne faut plus réfléchir, et faire son film comme on le ressent.
Et entre nous, est-ce que tous les gens qui voient des meurtres au cinéma en commettent un en sortant de la salle ? Si oui, on aurait un vrai problème car il n'y aurait plus grand monde sur Terre ! »
(rires)
En dénonçant la violence quotidienne, Cronenberg joue aussi beaucoup sur le mythe de la violence dans les films américains, notamment dans la représentation des mafias. Souhaitant donner le plus de réalisme possible à ses personnages de mafiosos comme Carl Fogarty ou Richie Cusack, Cronenberg fini par amuser ses spectateurs qui se prennent plus à rire qu'a trembler lors de certaines scènes violentes… Ce qui ne semble d'ailleurs pas lui poser de problème particulier, bien qu'il n'ait visiblement pas spécialement souhaiter faire rire au départ :
« Il y a eu très peu de projections publiques pour l'instant, mais si les spectateurs rient à certaines séquences, c'est super car je voulais qu'ils soient impliqués dans les scènes de violence… Et s'ils y réagissent, de quelque manière que ce soit, c'est parfait. »
Qu'il fasse rire ou sursauter ses spectateurs, A History Of Violence apparaît comme un bon film, mais comme un petit Cronenberg, qui aurait sûrement pu - et du - nous offrir encore mieux.

=> Voir toutes les photos de la présentation d'A HISTORY OF VIOLENCE à Cannes

Amélie Chauvet (Cannes, Le 16 mai 2005)

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L'esclavage selon Von Trier...
Avec Manderlay, le réalisateur dogmatique Lars Von Trier signe le deuxième film de sa trilogie américaine. Il s'agit d'une suite directe de Dogville où le réalisateur nous avait laissé avec Grace (Nicole Kidman) et son père (James Caan)... Une différence tout de même, Grace est cette fois interprétée par Bryce Dallas Howard (révélée par Le Village de M. Night Shyamalan) et son père par Willem Dafoe. Tous deux s'arrêtent dans la plantation de Manderlay où Mam (Lauren Bacall) traite encore les noirs comme des esclaves. A la mort de Mam, Grace décide de s'occuper de la plantation et de rendre la liberté aux esclaves pour le meilleur comme pour le pire.
Manderlay ne bénéficie pas comme Dogville de l'effet de surprise en découvrant une ville sans décors avec des maisons tracées à la craie. Lars Von Trier essaie d'aller encore plus loin, en montrant notamment des plantations uniquement signifiées par des lettres, des portes invisibles que l'on ouvre et que l'on ferme. Il se permet de superbes zoom arrières qui montrent la ville en plan d'ensemble et en plongée. Une démarche artistique qui peut certes rebuter, mais qui permet de capter toute l'intensité du jeu des acteurs.
Alors que dans Dogville, le cinéaste était allé très loin - jusqu'à traiter littéralement l'une des plus grandes stars hollywoodienne comme une chienne -, il signe ici un pamphlet contre l'esclavage assez ambigu qui se termine par des photos de noirs victimes de toutes ces atrocités. Le réalisateur, venu avec Bryce Dallas Howard, Danny Glover et Willem Dafoe, a été longuement applaudit par une standing ovation.

Matthieu Perrin (Cannes, Mai 2005)

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