Mort de François Périer : le 7ème art est en deuil

François Périer est décédé, vendredi, à l'âge de 82 ans. Malade, victime de troubles de mémoire, le comédien s'était retiré de la scène et des tournages depuis une dixaine d'années. Avec près de 80 pièces et plus de 100 films à son actif, il fut l'une des figures les plus importantes du théâtre et du cinéma français pendant plus d'un demi-siècle.
Né le 10 Novembre 1919 à Paris, François Périer (de son vrai nom François Pillu) se découvre une vocation au théâtre dès l'âge de quinze ans. Il étudie au cours René Simon puis au Conservatoire de Paris où il rencontre Louis Jouvet, son maître de toujours. Avant la Deuxième guerre mondiale, il enchaîne les petits rôles à la Comédie Française. C'est dans la pièce de Claude Henri Puget, "Les jours heureux" (1938), que François Périer se révèle vraiment. Ce succés le propulse définitivement dans le milieu.
Son talent lui permet de s'adapter aux styles les plus divers. Il joue dans trois pièces de Jean-Paul Sartre : "Les mains sales" (1948), "Le diable et le bon dieu" (1948, 1968 et 1970) et "Les séquestrés d'Altona" (1965). Ce qui ne l'empêche pas d'interpréter des rôles dans des comédies de Boulevard. Les plus fameuses : "Gog et Magog" de Mac Dougall (1959 et 1975), et surtout "Bobosse" d'André Roussin (1950 et 1957).
Sa carrière est jalonnée de succés triomphaux. Il joue et met en scène également des pièces signées Molière, Pirandello, Anouilh, Felicien Marceau ou encore Arthur Miller.
A l'écran, François Périer travaille avec les plus grands cinéastes comme René Clair, René Clément, Fellini, Jean-Pierre Melville ou Alain Resnais. Et pour nombre de cinéphiles, c'est dans la peau de l'ange Heurtebise qu'il demeure, dans Orphée de Jean Cocteau.
En 1990, il obtient le Prix Courteline pour son livre de souvenir "Profession : menteur". En 1996, il reçoit un Molière d'honneur pour l'ensemble de sa prestigieuse carrière.
Avec son élégance, son aisance et sa sobriété naturelle, François Périer a atteind une immense popularité sans jamais se prendre pour une star.

Ses plus grands films :

- Hôtel Du Nord de Marcel Carné (1938)
- La Fin Du Jour de Julien Duvivier (1938)
- Premier Bal de Christian Jacque (1941)
- Le Silence Est D'Or de René Clair (1947)
- Orphée et Le Testament D'Orphée de Jean Cocteau (1950 et 1960)
- Gervaise de René Clément (1955)
- Les Nuits De Cabiria de Fédérico Fellini(1956)
- Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967)
- Le Cercle Rouge de Jeab-Pierre Melville (1970)
- Stavisky de'Alain Corneau (1976)
- La Raison D'Etat d'André Cayatte (1978)
- Soigne Ta Droite de Jean-Luc Godard (1986)
- Lacenaire de Francis Girod (1990)

Les réactions :

Jacques Chirac : Le président de la République a salué, samedi, la mémoire de François Périer qu'il considèrait comme "l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération"."François Périer aura servi son art avec une rare générosité et une grande élégance, éclairant avec génie la scène et les écrans de notre pays par la subtilité de son jeu et la singularité de sa voix."

Jean-Jacques Aillagon : Le ministre de la Culture et de la Communication a également salué la mémoire du comédien, samedi, en rendant "un fervent hommage à une sensibilité, une force, un talent qui auront animé pendant plus de cinquante ans le meilleur de notre cinéma et de notre théâtre." Selon lui, "François Périer vivait dans et pour la création. Il lui apportait son humanité, son intelligence, son élégance."

Bertrand Delanoë : Le maire de Paris a fait part, à son tour, de sa "grande tristesse" à l'annonce du décès de François Périer, en déclarant que "les Parisiens perdent un immense comédien et un metteur en scène talentueux, enfant de notre cité."

Jean-Pierre Raffarin : Le Premier ministre a rendu hommage à "l'immense acteur". "Sa voix, son mystère donnaient à ses personnages une épaisseur, une tension permanente et sans affection. (…) Il restera très présent dans les mémoires des amateurs de théâtre et par une filmographie brillante et multiple."

David Kessler : Le directeur général du Centre National de la Cinématographie (CNC) a rappelé le talent de François Périer en ajoutant que "si sa voix s'est éteinte, son nom, comme celui de Louis Jouvet (…) marque pour toujours l'histoire du théâtre et du cinéma français."

E.R.(1 juillet 2002)

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