Ouverture du Festival Côté Court 2005 : Notre interview du Délégué Général...

Alors que le 14ème festival du film court de Pantin, Côté court , ouvre ses portes aujourd'hui jusqu'au 17 avril prochain, découvrez notre interview de Jacky Evrard, le Délégué Général du festival, qui revient pour nous sur cet événement qui s'attache chaque année à révéler de nouveaux talents. Sont ainsi passés par ce festival des cinéastes comme François Ozon, Philippe Harel ou encore Erick Zonca



Pouvez-vous nous parler de cette 14e édition du festival Côté Court de Pantin…

Jacky Evrard : Le festival est né il y a 14 ans, sur l'idée de monter un festival axé sur le film court, de moins d'une heure.
On a souvent une idée du court métrage de films à chute, de films d'école, de films d'apprentissage, de carte de visites, une idée de ce que serait le court métrage. En vérité lors qu'on regarde l'histoire du cinéma, on peut remarquer que le cinéma est né par le court et que par la suite l'histoire est parsemée de court métrages célèbres.
Tout le monde y a touché, tout le monde en a fait : Buñuel, Cocteau, Guitry, Renoir…tous les réalisateurs, de tout temps ont fait des court métrages, et pas nécessairement avant de faire un long-métrage. Une Partie de Campagne de Renoir est venu après les long-métrages.
Les courts sont des films à part entière, des œuvres qui ont leur durée propre. Après, dans ces films de moins d'une heure il y a des films de quelques minutes et des films de près d'une heure qui ne sont pas structurés de la même manière. Le film qui dure cinquante minutes est déjà structuré, dans son récit et dans sa forme, un peu comme un long-métrage. Le film beaucoup plus court peut s'apparenter à quelque chose de l'ordre de la nouvelle dans la littérature.

Justement Côté Court semble plus rechercher des moyens-métrages.

J.E. : Oui, ce n'est pas une impression. Il y a une réalité qu'on peut observer ici comme ailleurs, c'est que la durée des films a tendance à sa rallonger. Autrefois, il y a plus de 15/20 ans, les films pouvaient faire moins d'un quart d'heure. Il y avait l'idée que le film sorte avant un long-métrage. Donc les films étaient assez courts.
Il y a 15 ans, des réalisateurs, comme Podalydes avec « Versailles rive gauche », comme Gaspar Noé avec « Carne », comme Desplechin avec « La vie des morts » ont approché ce format moyen-métrage, des films de 40/50 minutes. Ces films sont sortis en salle, parfois accompagnés d'une presse dithyrambique ; alors petit à petit l'idée de ce format s'est répandue et aujourd'hui il y en a de plus en plus.
Il y a donc cette possibilité de faire sortir en salle ces films, et c'est peut-être une bonne approche de se coltiner ce type de format avant de faire un long métrage. On est dans un récit proche de celui du long, dans une économie du court et avec la liberté qui va avec.
C'est une tendance qui s'est accentué au fil du temps. Ce n'est pas qu'ici on en y est plus sensibles qu'ailleurs, c'est qu'ici, je ne m'oblige à aucun quota. Je ne me dis pas que j'ai un quota de moyen et un quota de courts. Non ! Je visionne des films et puis j'en sélectionne.
C'est vrai souvent, il y a quelques films longs qui font 40/45 minutes, cette année par exemple il y en a un certain nombre.
Dans le festival nous avons deux axes prioritaires, le premier est celui de montrer des films contemporains, de l'année qui vont former la compétition et le panorama. Le seul critère que j'ai quand je sélectionne les films c'est que je m'attache très particulièrement à l'écriture cinématographique. Ce qui m'intéresse, c'est moins ce qu'on me raconte mais comment on me le raconte. Je ne souhaite cette écriture ni originale ou quoi que ce soit, je souhaite simplement qu'elle soit en concordance avec ce qu'elle raconte.

Et en dehors de la compétition ?

J.E. : Il y a cet autre axe des rétrospectives. Celles-ci peuvent être soit sur un auteur, soit sur un genre cinématographique, soit sur un pays. Dès la première édition on a présenté les cinémas de Belgique. Depuis 4 ans maintenant, il y a chaque année une rétrospective importante. Cette année par exemple on a une large rétrospective sur l'essai cinématographique.

Pour connaître un peu le festival, j'ai souvent l'impression qu'à Pantin, plus que de plaire, on a envie d'éduquer, à l'image, au cinéma…

J.E. : Oui, mais je ne me positionnais pas comme ça, mais en même temps, on pourrait le dire. Ce qui m'intéresse essentiellement c'est le cinéma. Il faut que le réalisateur fasse confiance dans le cinématographe.
Après je propose ces films à un public, je joue un rôle de passeur, et je suis amené parfois à montrer des films qui ne sont présentés nulle part ailleurs et qui peuvent être vécus comme des objets un peu étranges parfois. Dans le passé, on a été un des premiers festivals, sinon le premier, à montrer des films de Guiraudie après il a eu le succès critique que l'on sait…
Je crois que quand on fait un festival, on a cette responsabilité, on a un poste d'observation privilégie. On voit au fil des années, l'ensemble de la production. On est donc, plus que n'importe qui, à même de saisir ce qui nous arrive. C'est une responsabilité que je prends et qui m'intéresse, je fais des choix qui peuvent paraître osés, mais qui à mon sens sont les seuls choix possibles.

Il faut tout de même dire qu'on ne rigole pas souvent quand on vient à Côté Court…

J.E. : J'en suis désolé. Ce n'est pas parce que je suis un triste sire.
Ce n'est pas la première fois qu'on me dit ça. Mais une comédie - et Dieu sait si j'aime ça, les bonnes comédies - pour que ce soit drôle…
Mais rien n'est plus difficile que de faire une bonne comédie. Et dans le court métrage, je suis désolé, mais il y a très peu de bonnes comédies. Quand une comédie est ratée, c'est épouvantable ! Force est de constater que les comédies sont très rares, mais quand il y en a une, je la programme.

Côté rétrospectif, qu'il y a-t-il cette année ?

J.E. : C'est une année assez riche : le programme de l'essai cinématographique retrace un siècle d'histoire de Guitry dans les années 10 jusqu'au film Blush de Vandekeybus. ON présente un grand nombre de films, que d'habitude on n'arrive à caser nulle part parce que ce ne sont pas vraiment des fictions, pas vraiment des documentaires, pas totalement narratifs, mais parfois un peu tout de même…ce sont des OVNIS qui traversent l'histoire du cinéma et qui durent et perdurent souvent dans une durée atypique, souvent autour de l'heure.
Il y a eu des grands essayistes : Marker, Godard, Depardon, Van der Keuken, et des gens qui ont développé beaucoup le cinéma à la première personne. Ce n'est pas la première fois qu'on traite de l'essai au cinéma, mais de cette façon, en 20 programmes et près de 75 films, à ma connaissance c'est nouveau.
L'essai est une forme très vivante, certainement la forme la plus vivante aujourd'hui.
Il y aura autour de l'essai pas mal de rencontres, trois tables rondes, pour faire le point de façon historique. Non pour le définir, car définir les choses c'est souvent les enfermer un peu, mais en tout cas pour s'approcher de cette définition. Une deuxième table ronde sera plus axée sur la limite entre le film essai et les arts plastiques et la 3e donnera plus la parole aux cinéastes.

Il y en a une autre rétrospective de films de Jean-Claude Rousseau, certainement un des cinéastes les plus atypiques. C'est un cinéaste solitaire, je crois qu'il fait tout tout seul.
Dans ses génériques on ne peut voir que son unique nom ; il fait l'image, le montage, il joue parfois dans ses films…C'est quelqu'un qui revient aux sources mêmes du cinéma et qui à travers du cadre et des durées, vient interroger le cinéma dans son essence même.

Egalement au programme, un hommage à Guy Gilles. On connaît surtout ses longs. Là c'était l'occasion de montrer un grand nombre de ses films court, dont certains assez rares. Guy est quelqu'un qui a beaucoup travaillé pour la télévision et est un cinéaste, à la fois fragile, qui traite plus une certaine mélancolie, une nostalgie du temps qui passe.

L'autre rétrospective importante est dédiée à Maurice Lemaître, un des animateurs, aux côtés d'Isidore Isous du mouvement lettriste de l'après-guerre. Ce mouvement était lui-même héritier du mouvement Dada, datant lui de l'après- Première guerre mondiale.
Le lettrisme était un mouvement artistique contestataire très fort, qui va durer sous d'autres formes jusqu'aux happenings des années 70. C'est une forme de contestation dans l'art qu'on ne retrouve plus beaucoup aujourd'hui.
Maurice Lemaître a été, dans ce mouvement lettriste, celui qui, au niveau du cinématographe, a le plus développé de pistes. Là, on présente 5 programmes de ses films dont un premier programme qui viendra le présenter sous fourme de conférence. Et une séance de La Nuit des L(ascars) qui est un montage pas de ses films, mais de films contemporains qui relèvent de ce même mouvement.

=> Voir la fiche complète de Côté Court : 14ème Festival Du Film Court De Pantin

Propos recueillis par Pablo Chimienti (Paris, avril 2005)

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