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Paris au rythme dansant de Bollywood : Une semaine complètement masala

De mémoire de journalistes ayant arborés, pendant des années et des années, les festivals de Cannes et de Deauville, on n’avait jamais vu ça ! Sur les Grands Boulevards parisiens, plus de trois milles personnes bloquaient la circulation, assises sur des voitures. Chaque car, chaque bus provoquait un mouvement de foule, une émeute. Il parait que Tom Cruise doit normalement être en ville mais c’est à la Défense...
Des indiennes plus belles les unes que les autres attendent la venue de l’équipe de Veer Zaara (qui se déplace dans un bus violet) et surtout du légendaire Shah Rukh Khan considéré comme un dieu vivant à Bollywood, des déesses Preity Zinta et Rani Mukerji ainsi que du réalisateur Yash Chopra.
Pendant plus de trois heures la foule criait à tue-tête : Shah Rukh Khan ! Quand un bus violet s’est arrêté, tout le monde a compris que c’était eux. A ce moment là, les cris ont dépassé les limites de l’audiométrie. N’en déplaise à Tom Cruise, c’est sans doute le record de cri féminin de bonheur ! Ces cris ont salué comme des dieux, la venue pour la première fois à Paris des stars indiennes Preity Zinta, Rani Mukerji, Shah Rukh Khan et Yash Chopra.

Sesame ouvre toi

Quand les portes du grand Rex se sont ouvertes, tous les spectateurs ont été émerveillés de voir le hall transformé en royaume de Maharadjahs. Des tapis, des statuts d’éléphants, des traiteurs proposant des trésors gastronomiques, des femmes en sari, des lumières, des colliers de fleurs etc.
Dans la salle, on n’avait jamais vu autant de personne debout et assises en bas, en haut, sur les gradins. On n’avait jamais vu autant de mains en l’air, autant d’appareils photo prêts à prendre l’arrivée des célébrités indiennes. En fait, nous n’avions jamais vu autant d’amour dans l’une des plus grandes salles de cinéma d’Europe ! Le fameux spectacle la féerie des eaux se mettait à danser à l’indienne sur une musique bollywoodienne mettant les spectateurs en condition.
Devant une foule en délire qui crie « Shah Rukh, Shah Rukh », des milliers de portable qui ressemblaient à autant de cierges allumés, nous étions bel et bien transportés au pays des milles et une nuit. Nous n’étions plus au Grand Rex mais dans la plus belle salle de cinéma de Bombay.

Les feux indiens de la rampe

Le compositeur de Veer Zaarha Sanjeev Kohli a été le premier à monter sur scène dans un tonnerre d’applaudissements. Rani Mukerji est ensuite arrivée avec une grâce et une beauté sans pareil, remerciant le public et en français s’il vous plaît ! Preity Zinta cria un « Je t’adore Paris » que nous sommes pas prêt d’oublier et souligna l’aspect divertissant mais aussi l’aspect social du film. Mais un grondement restait constamment présent. Des Shah Rukh Khan à droite à gauche même pendant l’arrivée de Yash Chopra et de sa femme. L’arrivée de Shah Rukh Khan a sans doute été l’une des plus belles arrivées de star dans une salle de cinéma. Le bellâtre indien à la chevelure impeccable a déchaîné les passions. Tout habillé de noir, il salua humblement la foule pendant plusieurs minutes. « De toute ma vie je n’ai jamais eu autant d’amour que ce soir ». Un silence religieux a empli la salle lorsque la femme de Yash Chopra s’est mise à chanter une chanson de Veer Zaara.
Alors que les spectateurs chantaient pendant la projection, l’équipe du film donnait au Rex Club une conférence de presse. Les plus chanceux ont terminé après le film au Man Ray où avait lieu une fête bollywoodienne avec danseurs et surtout le passage de Shah Rukh Khan et des deux actrices du film suscitant la dixième émeute de la journée. Cette soirée de lancement a donné le ton qui n’a plus jamais baissé.

Une semaine chargée en festivités

Le Jeudi 27 Avril, le cinéaste Yash Chopra donnait une masterclass avec débats et extraits de films. Le cinéaste a affirmé sa volonté de continuer à faire des films en Inde où il y a d’excellents techniciens. « oui Bollywood, non Hollywood ! » c’est ce qui ressortira de cette leçon de cinéma. Kabhi Kabhie, l’un de ses plus grands films datant de 1976 était projeté aux alentours de 20H00. Ce mélodrame met en scène l’immense Amitabh Bachchan dans une belle et flamboyante histoire d’amour.

Le Vendredi 28 Avril, les spectateurs eurent une grosse déception, le cinéaste Ashutosh Gowariker à qui la journée était consacrée n’a pu venir pour cause de maladie. Il devait présenter le très beau Swades. Après avoir été nominé aux Oscars pour Lagaan, le cinéaste indien continuait dans la veine sociale en racontant l’histoire d’un non returning Indian, c’est-à-dire un Indien parti faire carrière aux États-Unis. Associant une réalisation soignée, un scénario intelligent et un casting parfait, il nous transporte dans l’Inde des villages avec une réelle poésie et humanité. Il n’a donc pas pu se joindre au festival et a animé la masterclass avant la projection du splendide Lagaan via des enregistrements.

Samedi, dimanche et lundi ont permis de découvrir ou de redécouvrir des films de Bollywood dans les conditions idéales, sur un grand écran et avec une foule qui se met à danser et à chanter à chaque chanson comme pour la projection de La Famille Indienne, New York Masala, Mohabbatein la version Bollywood du Cercle Des Poètes Disparus, le mythique western indien Sholay. Les plus courageux étaient même présents au Grand Rex de 10h00 à 3h00 du matin et découvraient vers minuit, « un autre Bollywood » (comprenez par là des films plus courts) avec le film d’horreur et de fantômes Bhoot ou encore Dhoom, remake bollywood de Fast And Furious.
Quel bonheur de pouvoir voir ces films dans des salles combles avec des spectateurs plus que réceptifs, où des karaokés, des chants et des danses venaient célébrer entre les séances, la vitalité du cinéma populaire indien.

La clotûre

Évidemment tout à une fin et c’est dans un esprit de fête que s’est clôturé le festival ; la plupart des spectateurs sont montés sur scène en dansant et chantant ! Le dernier film était Black (bientôt à l’affiche) défini comme un « court métrage » selon Esteban le présentateur des journées Bollywood (le film en effet ne dure que deux heures !). Un film magnifique même sans danses et sans chansons ce qui aurait été sans doute difficile à inclure puisqu’il nous raconte l’histoire d’une femme aveugle et sourde. Drame sobre et classique, Black nous offre des prestations remarquables, Rani Mukerji et Amitabh Bachchan bouleversants (et méconnaissables) en anti-héros. Nous sommes loin des fastes de Bollywood mais la puissance émotionnelle est toujours là.

Pour sa troisième édition, le Bollywood week a fait vraiment mouche. Rarement on aura vu le Grand Rex aussi fréquenté pendant 6 jours. Ce festival nous a démontré que le cinéma indien est plus que vivant et que, tout comme le cinéma asiatique, il s’apprête à déferler sur nos écrans. On a aussi enfin compris pourquoi les films de Bollywood étaient aussi longs (3h et demie heures en moyenne). Nous, spectateurs occidentaux sommes habitués à partager égoïstement notre cinéma, à rester immobile pendant un film du début à la fin ; le spectateur de Bollywood célèbre le film durant sa projection en chantant et en dansant. Quant à l’aspect kitsch qui revient continuellement dans les articles sur ce cinéma, il s’agit plus d’une authenticité et d’une générosité (que le cinéma occidental n’a pas), une autre conception du cinéma compréhensible uniquement quand on en fait l’expérience en salle. C’est toute cet esprit festif qu’a réussi à célébrer toute l’équipe de Carlotta film et de Bodega. Il ne reste plus qu’une seule chose à faire : partir en Inde en attendant le Bollywood week 2007.

=> Voir toutes les infos sur cette Bollywood Week Au Grand Rex

Matthieu Perrin et Samya Yakoubaly (Paris, avril 2006)



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