Réveil matinal aujourd’hui à Saint-Trop' pour les amateurs de court métrages

Réveil matinal aujourd’hui à Saint-Tropez pour les amateur de court métrages. La première des deux programmations réservées courts était programmée dès 9h30. La salle, pleine de lycéens, à qui ces courts étaient spécialement dédiés, accueillait également quelques courageux. On peut dire qu’ils n’ont pas eu l’occasion de regretter leur levé anticipé. Entre les deux programmations, c’est 13 courts qui ont été présentés, 9 australiens et 4 néo-zélandais. Des films, pour la plupart d’une durée comprise entre 10 et 15 minutes avec des thématiques diverses et variés.

Malgré une salle fort indisciplinée, bruyante et bavarde et malgré quelques ratés dans la projection, quelques films se sont dores et déjà fait une place dans nos têtes et dans nos cœurs.
Tout d’abord A message from Fallujah de Richard Gibson, un film choc et dérangeant sur le kidnapping d’un civil anglo-saxon en Irak. Un film très dur du point de vue visuel et mental, mais interprété et réalisé avec une extrême justesse. C’est une claque, pour commencer la journée.
Autre film remarquable Australian Summer de Luke Eve. En 7 minutes seulement le réalisateur nous fait passer d’un monde idyllique à la Beach Boys fait de soleil, de sable fin et de surf aux fin fonds d’une métropole australienne. Deux mondes que tout oppose mais qui, là-bas en Australie, peuvent être séparés de quelques kilomètres seulement. Le film est simple, avec un décor unique et 90% de l’histoire et de l’émotion est dans les dialogues. Une belle prouesse à la Clerks, toute proportion gardée.

Dans la programmation de l’après-midi, deux autres perles. Break de Shona McGullagh et Cooked Mick de Philip Smith. Le premier est une chorégraphie filmée bouleversante. Un film peut-être un peu difficile pour le public lycéen, qui a souvent évacué son incompréhension par des rires malvenus. Un film qui ne demandait pas à ce qu’on le comprenne, mais tout simplement, à l’instar d’un poème, à ce qu’on le ressente. Dans ce langage corporel où la parole n’a pas sa place, un couple et leur enfant s’attirent et se repoussent comme des aimants. On y ressent tour à tour de l’amour, de la haine, la présence, l’absence, la complicité, l’incompréhension et enfin la solitude. Les bruitages se confondent avec la musique pour ajouter un plus à cette ambiance déjà unique. Visuellement c’est un régal, musicalement c’est un délice, cinématographiquement c’est un pur bijou.
Le film de Philip Smith est dans un tout autre style. Tout d’abord parce que c’est une comédie, chose assez rare dans cette sélection. Comédie dramatique, certes, mais comédie tout de même. Dans Cooked Mick des personnages réels, avec des accessoires réels s’affairent dans un décor d’animation numérique. La fable qui nous est narrée est d’une grande simplicité mais l’ensemble : personnages, dialogues, décors, évolutions, etc... est tout simplement superbe.

Au sujet de ces court métrages, on a voulu donner la parole au directeur du festival des Antipodes Bernard Bories. Malgré son emploi du temps bien chargé, il nous a accordé quelques instants.

Commeaucinéma : Bonjour Bernard, deux choses ressortent au sujet des court métrage, l’une du programme, l’autre de la salle, la première est qu’il s’agit surtout de film d’une durée entre 10 et 15 minutes. C’est dû à la production des antipodes ou à un choix du festival ?
Bernard Bories : La majorité des court métrages auxquels je peux accéder, sont d’une durée entre 10 et 20 minutes. Un certain nombre vont au delà, quelques-uns uns sont beaucoup plus courts, mais la grande majorité ont cette durée-là. C’est encore plus frappant pour les films néo-zélandais, dont la production est bien sûr beaucoup moins importante qu’en Australie, et où les court métrages sont vraiment timés entre 7 et 16 minutes. Je pense que c’est dû probablement au fait qu’il y a peu de films tournés, entre 15 et 20 par an et donc on tente d’utiliser cette durée pour exprimer ses sentiments. C’est encore plus difficile de tourner un court là-bas, encore plus difficile qu’en France.
En Australie, il y a une production beaucoup plus grande, ça peut aller de 200 à 300 films par an, il y a donc plus de différences, il y a plus court, il y en a des plus long, il y a pas mal de films de 50 minutes. Il se trouve que dans le cadre de cette sélection les films choisis font entre 10 et 15 minutes. C’est tout.


CAC : La deuxième chose qui ressort de cette sélection c’est un penchant vers le cinéma fantastique. Ce ne sont pas des films fantastique proprement dit, mais…
BB : C’est quelque chose qu’on retrouve également dans certains long métrages. Il y a toujours un regard un petit peu atypique du côté des antipodes qui lorgne aussi vers le non-naturel, vers le mystère. L’Australie est un pays gigantesque où il y a plein de choses mystérieuses, où il y a une certaine magie avec tout le monde aborigène, il y a du rêve. Tout ça a un impact sur les réalisateurs et c’est vrai que beaucoup de films jouent un petit peu sur le mystère, sur l’ambiguïté, sur une manière de faire passer les messages. L’humour est une autre caractéristique, un humour noir, souvent très noir, qui va de paire avec un élément fantastique et mystérieux. On retrouve tout ça dans nombreux films courts.

CAC : La programmation de court métrage fait partie de « Antipodes junior », d’où vient cette idée que les court métrages c’est pour les jeunes ?
BB : Non, l’idée ce n’est pas que le court métrage c’est pour les jeunes, l’idée c’est de développer la section « Antipodes junior » et d’avoir le regard du jeune public. Et surtout des lycées, qui est la population qui va bientôt aller beaucoup au cinéma. Bien plus qu’une population plus adulte.
C’est aussi un formidable outil d’éducation à la diversité, à avoir un regard sans barrières où on peut trouver des choses qui sont hors normes. Le court métrage est un outil d’expérimentation qui permet de se laisser aller à des choses moins formatées. C’est intéressant de donner déjà une sensation de liberté à un public qui est en train de s’éduquer.


CAC : Maintenant le festival continue, pour mercredi quel est l’événement à ne pas manquer ?
BB : Si je devais choisir j’en choisirai deux ; deux complètement différents. Un documentaire « Stranger everywhere » (19h salle Louis Blanc NDLR) qui est un coup de cœur parce que c’est un film qui est né ici au festival à Saint-Tropez, de la rencontre d’un peintre néo-zélandais (Douglas MacDiarmid NDLR) qui était là pour présenter ses œuvres et d’un réalisateur franco-australien (Eric Grinda NDLR) qui venait, lui, présenter un documentaire. Leur rencontre a donné naissance à un film que l’on va découvrir ici tout chaud sorti du labo.
Le 2e rendez-vous c’est évidemment l’avant-première (21h Cinéma La Renaissance NDLR) du dernier film de Rolf de Heer « Ten Canoes » (10 canoës, 150 lances et 3 épouses). De Heer est un grand monsieur du cinéma australien, un des rares qui reste en Australie et qui tourne à chaque fois des films atypiques. Il nous emmène, avec ce film-là dans monde aborigène, le monde aborigène d’il y a 50000 ans. C’est un film qui propose une philosophie de la vie, un film qui s’est mis à la dispositions des conteurs aborigènes. Il raconte une histoire tel que les aborigènes la racontent, à travers leurs propres mots, leur propre culture.


=> Voir toutes les infos sur les 8ème Rencontres Internationales Du Cinéma Des Antipodes De Saint-tropez 2006

Pablo Chimienti

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