Sean Penn is in the place (test DVD)

jeudi 1 mars 2012 - 12:13 | Showbizz
Oui, c'est bien Sean Penn sous cet eye liner noir, ce rouge à lèvre carmin, ces cheveux corbeaux et cet air hébété. Sean Penn est Cheyenne, ancien leader d’un célèbre groupe de rock. Cela fait trente ans qu'il ne quitte plus son look de sosie des Cure. Profitant confortablement de sa retraite à Dublin avec sa femme (la sympathique Frances Mcdormand), Cheyenne erre dans son manoir, l’air abruti, la mine triste. Il semble vouloir aider ses proches pour rattraper un passé douloureux...


Un appel téléphonique le ramène alors à ses racines : son père, à qui il ne parle plus, est sur le point de mourir. C'est à New York qu'il doit retourner, où il n'aura pas le temps de dire Adieu à son père, qui s’est déjà éteint à son arrivée. Cheyenne est alors poussé par la quête de vengeance de son paternel, victime de l'holocauste, qui a cherché son bourreau toute sa vie.

Nous voilà alors lancés dans un road trip mystique au cœur des sublimes plaines de l’Amérique profonde…

Du thème mémoriel du pogrom, Paolo Sorrentino tire un récit très personnel, à l’humour décalé, sachant traiter de la douleur latente avec grâce, sans tomber dans le pathos.


À la recherche du diable de son père, ce sont ses propres démons que Cheyenne affronte. Coincé dans son enveloppe d’éternel adolescent et fatigué de ses anciens excès, le personnage tente de donner une raison à son existence. À travers la poursuite de reconnaissance posthume de son père - guidé par les journaux intimes qu’il a laissé - c’est en quête de soi-même que Cheyenne avance.

Sean Penn y donne une interprétation très touchante, à la juste limite de l’agaçant, mais qui détourne la caricature. Avec sa diction léthargique aux répliques inattendues et son rire enfantin, Cheyenne devient un personnage authentique et terriblement attachant, alliant dans son attitude la candeur (les sodas qu’il sirote à la paille) à la sagesse (ses lunettes de grand-mère).

Le film nous offre de plus une esthétique niquel aux plans aériens et presque trop planants, tant la caméra pivote d’une prise de vue à l’autre. Mais Sorrentino confirme réellement son talent de cinéaste à travers la rencontre ultime mise en scène via trois travelling qui se répètent, mimant ainsi le tourment raconté et le bouleversement que provoque cet instant, point d’orgue du film. Impressionnant.


This Must Be The Place est une balade captivante vers la catharsis d’un personnage mélancolique, portée par une b.o envoûtante et une mise en scène de qualité.
Malgré quelques longueurs et une sensibilité parfois trop travaillée, le film parvient à troubler grâce ces touches poétiques comme la rencontre mystique d’un bison, ou les deux interprétations de "This must be the place", l’une à l'horizontal, sophistiquée, par la guest-star idéale, l’autre dans l’intimité, émouvante, ou encore les yeux bleus fardés de Cheyenne...

Le DVD

Côté bonus, on aurait bien aimé une petite interview de Sean Penn et/ou de Paolo Sorrentino, mais on se contente assez bien de ces deux making-of plutôt intéressants qui nous laissent découvrir par nous-même les techniques mises en place pour le plan en skate et le concert de David Byrne, sans aucun commentaire. Un peu court mais sympathique.

Quant aux scènes coupées, plutôt nombreuses, certaines sont assez percutantes et semblent manquer au film, comme une où Cheyenne craque devant la diffusion d’un clip de son groupe où il se revoit jeune.


=> Toutes les infos sur This must Be the Place

Marie Devier (1er Mars 2012)

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