Tokyo, je t'aime... ou pas !

Décidément, Cannes aime les films collectifs. Après Paris, Je T'Aime en 2006 et Chacun Son Cinéma l’an passé, voici Tôkyô !, trilogie nippone de Michel Gondry, Leos Carax et Joon-ho Bong. Nuance de taille pourtant : point de déclaration d’amour cette fois, mais plutôt trois réflexions distinctes, originales et poétiques sur la ville monstre, pour le meilleur et peut-être – surtout – pour le pire et le rire.
Chacun à leur façon, les réalisateurs déroulent alors leur vision lunaire et/ou allumée de la mégalopole japonaise.

Comme dans tout projet collectif, il y a bien sûr du bon et du moins bon. Si Gondry reste fidèle à ses divagations visuelles de Géo Trouvetout et offre un moyen-métrage agréablement drôle et lyrique sur une histoire d’amour déclinante qui finira avalée par la ville ; on est également profondément touchés par le segment de Bong, dans lequel le réalisateur coréen met superbement en scène (et en lumière) la solitude d’un hikikomori (ces individus qui choisissent de se retirer du monde) tombant amoureux de sa livreuse de pizza.
La solitude est d’ailleurs le fil conducteur de Tôkyô !, comme si la capitale ne pouvait que broyer ses habitants. Une solitude doublement criante dans le Merde de Leos Carax : en mettant en scène un énergumène repoussant et dangereux (curieux Denis Lavant), seul et incompris, cloîtré dans les égouts, le réalisateur se trouve finalement lui aussi bien seul. Coincé entre deux films touchants et maîtrisés, son bizarre segment souffre bien vite de la comparaison et de l’étrange malaise d’incompréhension dans lequel il nous plonge parfois.
Tokyo avale décidément tout…

Eléonore Guerra (Cannes , le 16 mai 2008)

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