Vampirisé par l'amour courtois (Morse test DVD)

vendredi 12 mars 2010 - 14:17 | Showbizz
On pense parfois avoir fait le tour d’un genre cinématographique, en l’occurrence le film de vampire, alors qu’il n’en est rien. Morse est un film d’horreur suédois, tiré du roman de John Ajvide Lindqvist : Let the Right One In, (le titre s’inspire d’une chanson de Morissey), paru en français sous le titre Laisse-moi entrer.
A l’origine, et comme point de départ, cette fiction repose sur le personnage d’Oskar, un petit garçon souffre-douleur de ses camarades de classe, vivant dans la banlieue de Stockholm. Un soir, il rencontre sa voisine Eli, visiblement non-scolarisée, aux traits pour le moins surprenants : Eli ne sort que la nuit, sent le parfum de la mort, et laisse planer le doute sur son appartenance sexuelle. En effet, derrière son apparence de petite fille, Eli ne serait pas ce que l’on pourrait croire…


Premier film de Tomas Alfredson sorti dans notre pays, Morse charme par son univers froid et glaçant. Le thème du vampire n’est pas nouveau : Bram Stoker avec le roman Dracula en 1897 avait posé les jalons du genre d’une tradition qui allait connaître un grand succès. Dans ce long-métrage, le vampirisme est traité de manière subtile et quasi-authentique, renouant avec la tradition du mythe, plus précisément sur le thème du vampire et son valet.
C’est dans une temporalité située dans les années 1980 et dans le décor froid de la Suède que se déroule une série d’événements étranges, point de départ du scénario. Ce que l’on pourrait attendre d’un film de vampire est tout simplement éludé. A l’inverse d’un film Ikéa ou d’un Twilight - Chapitre 1 : Fascination, ici, tout sonne juste. Muni d’humour noir, Morse donne néanmoins à voir à plusieurs reprises des situations incongrues, comme par exemple cette scène burlesque où un caniche blanc contemple fixement un cadavre suspendu dans la forêt, ou encore une attaque de chats possédés. Visions macabres ou surréalistes, l’art pictural n’est pas loin.

Virtuose de la caméra, Tomas Alfredson ne s’attarde jamais sur des détails, bien au contraire, mais laisse plutôt de nombreuses questions en suspens, libres d’interprétation. En effet, le film ne donne pas toutes les réponses, mais les suggère. D’un point de vue sonore, Morse fait aussi son petit effet, notamment mis en évidence dans la scène de classe avec l’illustration sonore de toute une palette de bruits. Ici, le son est un élément décisif dans le traitement de l’horreur, que ce soit un bruit de succion ou un gargouillement, la suggestion effraie davantage que la démonstration imagée de la torture.
Ainsi, dans cette singularité, ce qui frappe est la relation entretenue entre les deux enfants, qu’il faudrait qualifier d’amour platonique ou vampirique sans âge.

Morse est un film sur l’élection, sur le choix, et c’est dans ce contexte qu’Eli choisit Oskar. En résumé, l’histoire est finalement celle d’une petite fille qui ne vieillira pas et qui choisit son compagnon de route. (Sous cet aspect, nous ne sommes pas loin dEntretien Avec Un Vampire). Plus encore, ce long-métrage suédois est une sorte d’antidote aux superproductions de vampires, par ses effets sobres et sa poétique efficace.
Esthétiquement très intéressant, cette proposition vampirique met en rapport deux antithèses, un garçon à l’extrême blondeur et une petite fille très brune, à la fois pâle et obscure. Au rang des comparaisons, le personnage d’Oskar, d’ailleurs, n’est pas sans rappeler le petit Danny dans Shining de Stanley Kubrick.


De son côté, le DVD comprend un petit livret de 20 pages agrémenté de magnifiques photos des acteurs ainsi que des remarques de Léonard Haddad. Quant aux réjouissances, le DVD offre son lot de bonus très appréciables : commentaire audio, scènes coupées, une comparaison judicieuse entre le livre et le film (rapport texte/image), ainsi que la crème de la crème, un entretien avec Jacques Audiard, grand fan du film !
En conclusion, voilà une beauté froide et aliénante, une oeuvre triste et belle, marquant l’esprit.

DVD et Blu-Ray disponibles à la vente le 23 mars 2010

=> Toutes les infos sur Morse

Charles Bouchet (12 mars 2010)

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