Venise : le choc des styles

jeudi 4 septembre 2008 - 12:23 | Showbizz
Nuit De Chien : On nous avait avertis de ne pas se lever aux aurores pour ce film de pacotille, mais comme qu’il faut le voir pour le croire et qu’il est en compétition, on y était… et, en effet, c’est gratiné. Dans une région en guerre (avec le choléra en plus) la population cherche à atteindre un bateau pour fuir, mais personne n’a de billet pour embarquer et celui-ci est gardé par des militaires. Pascal Greggory arrive en ville à la recherche de deux billets pour lui et pour une ex-amie qu’il ne retrouve pas, et tombe dans une sorte de cabaret. Il va y croiser Amira Casar (une prostituée au grand cœur), Bruno Todeschini et Eric Caravaca (des miliciens fascistes), Jean-françois Stévenin et Sami Frey (des idéalistes politiques), Elsa Zylberstein (dans sa baignoire) et autres personnages à la limite de la caricature (sauf Marc Barbé qui lui est plutôt irréprochable en militaire).
Le réalisateur Werner Schroeter s’inspire de l’écrivain Juan Carlos Onetti pour travestir ses mots en un film pompeux et outrancier. Il y a mis tout le folklore possible : des miliciens sadiques, des partisans idéalistes, l’appât du pouvoir, des femmes faibles et humiliées, un peu de religion, un peu de nihilisme, et des dialogues du genre " un relent d’humanité ça pue comme tout le reste ", pendant presque deux heures. Que ce soit volontaire ou involontaire, Nuit De Chien est une mascarade. Werner Schroeter frise le grotesque avec ce film, mais avec classe.

The Sky Crawlers : Le nouveau film de Mamoru Oshii est un évènement salué par des applaudissements dès le début. Le film s’ouvre sur un ciel bleu où patrouillent des avions, des appareils ennemis surgissent, et les avions se tirent dessus. L’introduction s’envole avec de superbes cascades aériennes, le générique descend puis un avion atterrit. Le pilote sort et on va faire connaissance avec les différents personnages, car c’est un nouveau qui vient d’arriver. Ces jeunes pilotes ont été formés pour faire la guerre avec ces avions, on parle des batailles dans les journaux et à la télé. Le nouveau se souvient mal de son passé et se pose des questions sur son avenir : car c’est un Kildren, un adolescent qui ne deviendra jamais adulte. Il y en a d’autres comme lui, et la jeune femme qui commande la base pourrait lui en apprendre plus. Et les combats continuent dans le ciel, surtout contre le redoutable Teacher…

Alors ? A Venise on hésite à avouer d’abord une légère déception, avant d’y réfléchir plus. Le chien de Oshii figure toujours à l’écran, Kenji Kawai a composé la musique, les collaborateurs de Mamoru Oshii (designers, animateurs, coloristes, effets visuels, son…) sont ceux qui ont travaillé avec lui sur ses précédents Ghost In The Shell, Avalon ou Innocence. The Sky Crawlers est rythmé par des scènes d’action époustouflantes dans le ciel (en images 3d générées par ordinateur, avec une impression de réalisme) et par des séquences lentes sur terre (en images 2d animées avec celluloïd pour les personnages dessinés).
En apparence, c’est un retour au style qui l’a fait connaître, alors que son film précédent Tachiguishi Retsuden (the Amazing Lives Of The Fast Food Grifters) (vu il y a deux ans à Venise, sortie dvd prévue très bientôt) montrait une réjouissante expérimentation. Sur le fond, l’histoire est tout de même un peu lente avec des répétitions. Cependant, le réalisateur semble, avec son nouveau film, aller vers le changement dans la continuité. Tout comme pour Ghost In The Shell il a été inspiré par un livre (un récit de Hiroshi Mori), on retrouve également des personnages s’interrogeant sur leur identité, ainsi qu’une réflexion philosophique qui s’ébauche au fil du récit. Et on se rend compte finalement que le rythme même du film - avec ses répétitions - participe à cette réflexion, le fond de l’histoire justifie la forme. The Sky Crawlers extrapole encore l’œuvre de Mamoru Oshii, du grand art.

Venise ? Sur l’île de Burano, les maisons sont de toutes les couleurs (rouge, jaune, bleu, vert, rose…), un vrai décor de cinéma.

Christophe Maulavé (Venise, Le 4 Septembre)

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