VF : Version Censurée et politiquement correcte

Vendredi 12 janvier, 200 professionnels du doublage (auteurs de sous-titres et de doublage de films et téléfilms) se sont retrouvés devant le siège de la Sacem – organisme gérant les droits d’auteurs – pour montrer leur désaccord envers la politique française exigeant des versions françaises expurgées de tout vocabulaire « politiquement incorrect ».

« Nous ne sommes pas contre les contraintes inhérentes à notre travail, lié à des œuvres de commande » a déclaré à l’AFP Jean-Louis Sarthou, président de la commission de l’audiovisuel, « mais depuis une quinzaine d’années, une véritable psychose est née chez nos clients, vis-à-vis de tout ce qui est politiquement incorrect : ils exigent que l’on retire les injures et toute référence à une communauté sexuelle, religieuse, à la drogue, à l’alcool, au tabac, ou à des marques. » Les correcteurs demandent à ce qu’il n’y est « pas de termes péjoratifs, pas de référence religieuse, de référence au corps, à la chirurgie, aux maladies honteuses ou à la mort. » Le retour du muet en 2007 ? En tout cas, certainement, le retour des dialogues mous.

Le débat qui a eu lieu le soir même a mis en évidence l’appauvrissement du travail des auteurs. Ils s’interrogent : « Pourquoi nous demande-t-on autant de trahir la VO des films et téléfilms américains, alors que dans les films ou les séries françaises les injures ne posent pas problème ? » C’est vrai que quand le commissaire Navarro s’énerve, il ne mâche pas ses mots…

Les clients mis en cause ne se sont d’ailleurs pas vraiment mobilisés pour l‘événement : seuls Sophie Neerman, responsable du service des achats à France 2, et Boualem Lamhene, responsable du doublage chez Buenavista (Disney) ont assisté au débat et défendu leurs points de vue. L’absence de représentants du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a aussi démontré le déficit d’intérêt de l’institution envers la question alors qu’elle devrait rappeler aux chaînes le cadre juridique existant.

Finissons sur une note douce-amère avec un petit florilège des traductions françaises édulcorées auxquelles nous avons le droit. Attention, certains mots pourraient heurter votre sensibilité ! En France, une Mercedes est une voiture de sport allemande, le scotch s’appelle du ruban adhésif, un Coca se transforme en soda et lorsque des dealers américains se demandent de la came les petits anges de dealers de l’hexagone s’interpellent par un sympathique « Donne-moi ce que tu sais ». Mieux encore les noms à consonance étrangères doivent être francisés. Imaginez à quoi ressemblerait un épisode de Derrick sans ses Ulrich, Franz et autres Viktor… Quel gâchis.

VF, version pour enfants ?

M. B. (15 janvier 2007 – Avec AFP)

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